
Le jeu de la connaissance de soi
Leela
Un jeu de plateau millénaire — serpents et flèches, du karma au dharma — que Samuel a découvert à Findhorn en 1983 et traduit en français en 1995. Une véritable voie de connaissance de soi.
Ainsi que je le raconte dans la préface, j’ai découvert ce jeu, dans sa version anglaise, en 1983. J’en ai fait la traduction en 1995 et le livre a été publié, en français, à cette date, par le Souffle d’Or. La première édition a été épuisée en quelques années et, depuis, il n’a pas été réédité. De nombreuses personnes m’ont contacté pour savoir où le trouver mais, pour l’instant, il n’est pas prévu de réédition. En attendant que cela soit possible, je partage avec vous la préface que j’ai écrite pour cette traduction.

Préface du traducteur
En 1983, lors d’un séjour à la communauté de Findhorn, en Écosse, j’ai découvert Leela, The Game of Self-Knowledge de Harish Johari. Ce livre est devenu, depuis lors, l’un des outils privilégiés de réflexion et de compréhension de ma propre vie, à côté de l’Astrologie et du Yi-King. Comme ce dernier, il est à la fois un livre de sagesse et un « jeu » magique.
Tout comme le Yi-King repose sur la vision taoïste de l’Univers et le Tao-te-King de Lao-Tseu, Leela s’inscrit dans la perspective globale de l’Hindouisme et des différents courants qui la composent, notamment le Yoga et l’Advaïta-Vedanta. Aborder Leela, c’est donc aussi se plonger dans l’une des traditions spirituelles les plus anciennes mais aussi les plus « pratiques ». Lorsque je l’ai rencontré, toute ma quête était fondée — et l’est toujours — précisément, et plus particulièrement, sur cette approche hindouiste.
J’ai passé un an en Inde — deux séjours de six mois chacun en 1978 et 1981 — pour m’imprégner de cette culture qui m’appelait depuis des années déjà à travers différents enseignements dont j’allais retrouver la quintessence dans Leela : Ramakrishna et Vivekananda, Swami Ramdas, Ma Ananda Moyi, Sri Aurobindo, Ramana Maharshi, Swami Prajnanpad par l’intermédiaire d’Arnaud Desjardins, pour ne citer que quelques-unes de ces grandes figures de la spiritualité hindoue les plus connues en France.
Lors de mon premier séjour en Inde, en 1978, j’ai rencontré mon Maître, Paramahansa Yogananda, dont l’enseignement, le Kriya Yoga, a été révélé par ce livre merveilleux qu’est L’Autobiographie d’un Yogi. C’est dire que pour moi, Leela est vraiment devenu un outil de travail exceptionnel quant à la compréhension de ces différents enseignements et des textes sacrés de l’Hindouisme comme la Bhagavad-Gîtâ ou les Yoga-Sûtras de Patanjali. Dans le même temps, je rencontrais l’Astrologie de Dane Rudhyar, auprès duquel j’allais travailler aux États-Unis en 1981 et 1982, qui intègre également cette dimension — raison pour laquelle elle est devenue la dynamique de mon travail d’astrologue.
Si Leela est l’expression d’une Tradition, c’est aussi un jeu, un jeu millénaire ! Pour y avoir « joué » à de nombreuses reprises tout au long de ces années, seul ou avec d’autres chercheurs, j’en connais la puissance et la force. Comme l’explique l’auteur des commentaires, Harish Johari, il se fonde sur ce même principe de la « synchronicité » qui anime le Yi-King ou les Symboles Sabian de Dane Rudhyar, principe que C. G. Jung a si bien décrypté. Le jeu consiste à « s’incarner », c’est-à-dire à sortir de la Conscience Cosmique pour y retourner, ce que certains ésotérismes appellent « le Chemin du Retour » ou « retourner à la Maison ».
Après avoir lancé le dé et obtenu un 6 pour s’incarner commence la grande aventure de la Vie, avec ses hauts (les flèches qui nous font faire des bonds en avant dans la Conscience) et ses bas (les serpents de notre humaine condition qui nous font redescendre pour recommencer le parcours après avoir compris la « leçon »).
Chaque lancer de dé est en « synchronicité » avec notre état du moment et nous conduit sur la case qui va nous permettre de comprendre le sens caché de notre vie à cette étape précise. De ce point de vue, le livre pourrait aussi s’intituler « Du Karma au Dharma » : notre état du moment est le fruit de nos actes et de nos pensées antérieures (le Karma) ; le jeu, par la compréhension de nous-même qu’il apporte, nous aide à nous réajuster, à nous adapter à ce qui est « juste », à nous harmoniser avec la Loi Cosmique (le Dharma).
Cependant, jouer peut nous réserver bien des surprises. La première fois que j’ai joué, en 1983 à Aberdeen, dans des circonstances difficiles de ma vie, j’étais moralement sûr de mon bon droit (cosmique, évidemment !) par rapport à la situation conflictuelle que je vivais avec l’autre joueur. Je m’étais dit que le jeu allait nous éclairer et qu’il « allait voir ce qu’il allait voir ! » Pour moi, il ne faisait aucun doute que le jeu lui montrerait son erreur !
Et voici ce qui arriva : alors que mon partenaire lançait d’entrée un 6 et s’incarnait, je dus attendre longtemps avant de pouvoir le faire moi-même. Puis, tandis que je parcourais les cases péniblement et que le dépit et la colère croissaient en moi, mon partenaire atteignait la Suprême Félicité, la case de la Conscience Cosmique. Je dus continuer à jouer seul, face à moi-même ; et ce ne fut que lorsque je « lâchai prise » que je pus atteindre le but. Mon parcours dans le jeu avait bien mis en lumière mon état du moment. Inutile de dire que cette première « partie » est restée gravée dans ma mémoire !
Ainsi, le jeu nous invite à comprendre que la vie n’est qu’un… jeu, et que la prendre au sérieux nous réserve bien des déboires. Jouer est un plaisir, celui aussi de prendre les choses avec humour. La sagesse est le but que le jeu nous propose — une sagesse qui est aussi une certaine forme de sainteté, ce qui faisait dire à Yogananda qu’un « saint triste est un triste saint ».
Le travail de traduction lui-même a été réellement initiatique pour moi : dans une période de ma vie marquée par de grandes transformations, il m’a apporté, sinon de nombreuses réponses, du moins de nombreuses pistes de réflexion quant à la direction à prendre. Avant de jouer, je suggère au lecteur de lire d’abord l’ensemble du livre, en se rappelant que chaque case n’a de sens que par rapport à l’ensemble des soixante et onze autres.
Je remercie l’auteur, Harish Johari, pour nous avoir légué ce joyau ; ma compagne, Catherine, pour avoir partagé ce travail de traduction et les enseignements de Leela ; Véronique Massin pour la relecture et la mise en page ; et Yves Michel, sans la persévérance duquel nous ne serions pas en possession de la version française de Leela.
Et maintenant, ami lecteur, ami de quête, le moment est venu pour toi d’entreprendre de jouer le jeu de ta vie à travers Leela, en sachant que, quoi qu’il arrive, à tous les coups on gagne !
Samuel Djian-Gutenberg — Lucinges (Haute-Savoie), mai 1995